L’intimidation : Mon histoire – Sara-Karina

L’intimidation : Mon histoire

« T’es laide », qu’on m’a répété une partie de mon enfance et de mon adolescence. Tantôt surnommée « 4 yeux » en l’honneur de ma face à lunettes, d’autres fois regardée avec mépris, juste comme ça, parce qu’on en avait envie.

« T’es grosse », qu’on me disait, alors que je déambulais dans les couloirs de la polyvalente, les yeux fixés sur le sol.

« Tu fais dur », qu’on me rappelait avec des yeux empreints de dégoût à mon approche de l’autobus. Définitivement, mon habit de neige mauve et vert fluo à 15 $ sorti tout droit de la friperie du coin ne faisait pas l’unanimité.

« T’es conne », qu’on me disait en riant juste parce que je venais de demander au professeur s’il y avait des devoirs à inscrire à l’agenda.

« Qu’est-ce que tu fais vendredi soir? », qu’on me demandait en éclatant de rire pour gagner un pari minable.

« Meurs! », qu’on me criait en gang, en me lançant des balles de neige derrière la tête sur le chemin du retour à la maison.

Mais j’étais là. Et je comptais y rester.

Du plus loin que je me souvienne, l’intimidation a fait partie de ma vie. Pour quelles raisons exactement, je ne le sais pas. Mais ma timidité n’a sans doute jamais été mon amie dans ces circonstances. Sous mon air perpétuellement méfiant et mon regard glacial se trouvait une petite fille fragile, sensible et simplement en quête d’acceptation.

On dit souvent que les enfants sont fondamentalement méchants entre eux et qu’ils peuvent même être auteurs d’actes aussi destructeurs qu’édifiants. Mais la vérité, c’est que ça ne vise pas que les enfants. Des adultes qui manquent d’amour et de douceur, ça existe aussi. Certes, à l’époque, j’ai subi cette méchanceté gratuite de la part d’enfants de mon âge, mais savez-vous où et avec qui cette intimidation a vraiment commencé?

À l’école, avec une enseignante.

Première année. Nouvelle école, nouveaux « amis », nouvelle aventure dans un monde qui m’était alors inconnu.

L’estime déjà très peu développée, je n’avais pas d’autres choix que de faire confiance à cette nouvelle personne qui représentait dorénavant l’autorité. Cette personne qui me disait quoi faire, comment le faire et pourquoi le faire. Cette figure à qui je ne devais pas déplaire et à qui je devais donner tout ce que j’avais de meilleur. Ce n’est que peu de temps après que j’ai réalisé que ce sentiment que j’éprouvais était celui de la peur.

C’est qu’un jour, en revenant de la récréation, elle m’avait accusée d’avoir mangé une collation un peu trop appétissante. C’est le visage tout taché de fraises qu’elle m’a envoyée « faire le clown » devant toute la classe.

« Woooowww! T’as l’air intelligente là, hein! Envoye, va faire le clown devant tout le monde! Ça t’apprendra à manger tout croche. »

Je me suis donc tenue debout, devant tout le monde, la honte au coeur et le visage vers le sol, regardant mes larmes rouges couler sur le plancher, me demandant combien de temps ça allait durer. Une éternité plus tard, madame la professeure m’a envoyée à la salle de bain pour me nettoyer et j’ai repris place à mon pupitre, comme si rien ne s’était passé.

Et un jour, elle m’a reproché de ne pas m’habiller assez vite pour aller jouer dehors. Il faut dire que les récréations suivantes étaient très peu agréables. Avec toutes les bêtises qui survolaient mes oreilles, j’avais plutôt envie de voir la journée s’achever. C’est donc lors d’une récréation qu’elle m’a mise à part et m’a fait m’habiller et me déshabiller sans arrêt, le chronomètre à la main. Le suit, le manteau, la tuque, le foulard, les mitaines, les bottes, et on recommence!

Habille, déshabille.

Habille, déshabille.

Habille, déshabille.

On va se le dire, aussi compétitive ai-je pu être durant ma jeunesse, cette fois-là, je n’ai aucunement porté attention à mon score final.

Étant maintenant encore plus un sujet de moqueries, les « amis » s’amusaient à me rendre coupable de tout.

« Karina a fait ceci! Karina a fait cela! »

Désespérée, je ne disais rien, je prenais le blâme. De toute façon, elle ne me croirait pas…

C’est alors qu’une fois, on m’a accusée à tort d’avoir volé un livre qui avait disparu des tablettes. Et pour être bien certaine que je ne recommence plus, le bal a repris.

« Lève-toi debout! Ramasse tout ce qu’il y a dans ton pupitre et va t’en! Je ne veux plus te voir ici. »

Déconcertée, j’ai pris tous mes livres, un à un, sous le regard méprisant des autres élèves, et je les ai rangés dans mon sac. Mais qu’est-ce que j’allais dire à ma mère?! Qu’est-ce qui allait m’arriver maintenant? Et bien, rien. Mon sac à dos sur les épaules, elle m’a demandé de dire au revoir à la classe et de sortir. Silencieuse et totalement perdue, j’ai ravalé mes sanglots et je suis sortie avec elle. Soudain, j’ai eu un brin d’espoir! Elle m’a regardée droit dans les yeux et m’a demandé d’avouer ma faute si je voulais revenir en classe. Et bien croyez-le ou non, j’ai avoué une faute que je n’avais pas commise. Et je me suis même excusée!

De retour dans la classe, elle a demandé aux élèves si on me pardonnait. Heureusement pour moi, ils ont dit oui. Ou avaient-ils vraiment le choix?

Je pourrais aussi vous parler de toutes ces fois où elle attachait, avec son foulard de madame, les pieds des élèves plus actifs sous leur chaise de bureau. Ou de ces fois où elle menaçait de faire venir un détecteur de mensonges quand elle pensait que nous mentions.

Plus de 20 ans plus tard, j’ai ces événements gravés dans ma mémoire à jamais. Pour un enfant de 6 ans, tout ça, c’était pire que la fin du monde. Une vraie torture mentale. Tellement, que j’ai parlé de tout ça à ma mère seulement des ANNÉES après. Parce que j’avais honte. Parce que je pensais que c’était de ma faute. Mais si j’avais osé en parler, cette intimidation aurait pu prendre fin. J’aurais pu commencer ma vie scolaire avec plus d’estime et moins de combats.

Je n’écris pas cet article aujourd’hui pour attirer la sympathie. Je le fais pour dénoncer ce genre d’abus. Parce que oui, les enfants peuvent être très méchants entre eux, mais l’intimidation n’a pas d’âge, ni de sexe. Elle est partout, tout le temps. C’est le temps de se lever, de parler, de dénoncer. Faites-le. Parce que NON, ce n’est pas normal. Et NON, ce n’est pas de votre faute.

#lintimidationcestnon

Photo en en-tête par Vlad Chernolyasov sur Unsplash

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13 Commentaires

  • Répondre
    Lio
    2 février 2018 at 12:46

    Oh ma belle j en ai les larmes aux yeux j étais comme toi la toute timide à qui on disait tes moches t’as vue ta face de rat….. etc c était dur j ai eu aussi une enseignante à 6 ans qui me tirait les oreilles me mettait au coin atroce je crois qu aujourd’hui ça me rend plus forte face à la vie et plis tolérante envers les gens parceque je sais ce que c’est d avoir mal de la moquerie humaine. De gros bisous ma belle et toutes ces épreuves aussu difficiles soient elles nous montre à quelle point tu es une belle personne et qu elle belle famille tu as 😘😘😘😘

    • Répondre
      Sara-Karina
      2 février 2018 at 18:00

      Ohhh, je suis tellement triste de lire cela. Tu ne l’as pas eu facile, toi non plus à ce que je vois! C’est vrai que ces épreuves nous bâtissent, il faut bien s’en servir! 🙂

  • Répondre
    Cecile ilidza
    2 février 2018 at 14:07

    Mon dieu !!!!!! C est de la torture ! Et aujourd hui ( en France mais je pense que c est partout pareil ) , un professeur aurait de gros ennuis à faire des choses comme ça !!! ( si tant est que l enfant parle …) . C est bouleversant comme témoignage …. bizzzzzzz

    • Répondre
      Sara-Karina
      2 février 2018 at 18:01

      C’est vrai que, même il y a plus de 20 ans, si j’avais parlé, ça aurait sans doute cessé. Mais on vit avec cet étrange sentiment qu’on mérite ce qu’on vit.. comme si c’était notre faute! Alors on se tait. Là est l’erreur!

  • Répondre
    Sab
    2 février 2018 at 14:09

    Je suis choquée et vraiment peinée de lire tout ce que tu as subi, plus je lisais plus j’avais espoir de lire que tu vais dénoncer cette affreuse personne ! Un enfant ne mérite pas ça ! Un adulte même ! Elle devait vie être aigrie dis donc. J’espere que ton témoignage aura des répercussions positives pour les personnes vivant l’humiliation, l’intimidation au quotidien. Merci et bravo pour t’etre confiée

    • Répondre
      Sara-Karina
      2 février 2018 at 18:02

      J’espère aussi que cela poussera les gens à témoigner et dénoncer à leur tour! Merci de m’avoir lu! 🙂

  • Répondre
    Louise
    2 février 2018 at 16:33

    Je pense que ce professeur devrait lire ce texte… J’en ai des frissons! Les enfants peuvent être cruels si on ne les ramène pas à l’ordre, mais à leur défense, ils ne connaissent pas l’impact de leurs comportements/paroles/gestes… Les adultes quant à eux, devraient être dénoncés ! Ce qu’elle a fait relève de la pure méchanceté. Si j’avais son nom, tu peux être certaine que je partirais en quête de ta défense, même si le temps a passé…

    • Répondre
      Sara-Karina
      2 février 2018 at 18:06

      J’espère en effet qu’elle tombera un jour sur ce texte et qu’elle se reconnaîtra. Je ne lui souhaite aucun mal, j’aimerais simplement qu’elle réalise à quel point ses gestes répréhensibles auraient pu avoir des répercussions beaucoup plus néfastes. Et en fait, peut-être qu’ils ont détruit des espoirs et des rêves, car il faut dire que je n’étais pas seule. Elle agissait ainsi avec les autres également. Merci de m’avoir lu 🙂 xox

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    Anonyme
    2 février 2018 at 17:15

    Moi aussi j ai été beaucoup intimider je sais c quoi j avais pas d amie Même aujourd’hui je m en fait pas car je remarque que c toujours la.Même chose jai toujours peur . Meme je le suis suis encore intimider ca c la jalousie qui fait sa moi je vais protéger ma.fille elle m en parle de sa et je parle a c amie que sa ne se fait pas il faut s aimer sa fonctionne c vrai que j ai peur pour ma fille bisou on reste marquer avec ca je suis d’accord avec toi sur sa bisou sur ton coeur pour toute c blessure on mérite pas ca moi je m amuse plus avec les enfants car ils ont un coeur pure meme avec les gents j évite de leur parler parfois je parle mais j évite l amitié intime jai juste une seul meilleur amie que je aime beaucoup
    J ai eu beaucoup d épreuve meme avec ma famille j ai été abandonner par ma mère c pas facile la vie j’aurais aimer avoir une maman comme toi la douceur aussi l amour que tu donne moi jai jamais eu l amour meme aujourd’hui ma famille parfois je me dit pkoi on ma mi au monde pour me rejeter ma famille a l école meme aujourd’hui c un peu comme sa surtout quand je vais voir ma famille je me sens comme une étrangère mes pas avec ma grand-mère les gents change moi jai jamais changer j ai rester la meme personne meme si jai pas d amie j aime tout le monde j aide les autres si quelqu’ un blesse crois moi que je réagi ou si quelqu un es triste je suis toujours la pour ecoutee pour le consoler ou si une personne a besoin d aide j aide ou si quelqu’un ce fait intimider je suis la pour lui parler et je lui dit ignore les meme si on n a pas beaucoup d amie le meilleur amie c celui au fond de ta poche on peu pas faire confiance a personne je sais c quoi souffrir je me met a la place de la personne de ce que elle ressent parfois c avec les gents mechants que on apprend la generositee de aider les autres et d être encore plus gentil car on c’est c quoi souffrir la douleur je suis tout coeur avec toi meme quand je vois tes vidéo je vois dans tes yeux les yeux reflette ton coeur surtout je pense a tout tes histoires que tu vie deja que tu perd une personne le plus cher au monde je ressent ton coeur Sara-karina je te vois aujourd’hui une femme belle une femme qui c ce qui es pas bien et ce qui es bien a faire tu as bâtit une belle famille rempli d amour je suis fière de toi ce que j aime de toi c que tu es forte tout comme moi y a des gents qui se suicide car ils arrivent pas a affronter tout c épreuve lâche pas reste tel que tu es tu es dans mon d une amie anonyme qui t aime j’aurais aimer que tu sois une amie pour moi je m aurais bien attendu avec toi je rêve de te voir un jour et te prendre dans mes bras et de pleurer je te fait plein plein de bisou sur ton coeur et rempli ton coeur de belle choses continue surtout que ta un mari qui prend bien soin de toi c pas tout le.monde qui a un bon mari comme toi que dieu vous protège toi et votre famille d une amie qui es tellement fière de toi je t’aime beaucoup et je t apprécie beaucoup t une personne formidable aimable je vois de belle qualité en toi je sais que parfois on fait des p’tits erreur fille anonyme bisou a bientôt 🙂🙂🙂🙂🙂t un amour jaimerai avoir une soeur comme toi

    • Répondre
      Sara-Karina
      2 février 2018 at 18:12

      Ouf, c’est lourd tout ça! Je regrette de lire que tu as aussi vécu de l’intimidation et que tu en vis toujours. Bravo de garder la tête haute! Tu es une personne merveilleuse, ça se sent! Courage! <3

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    Kathleen
    4 février 2018 at 02:31

    Je suis sans mots. Je suis aussi profondément touchée par ton récit. Je n’ai jamais vécu d’intimidation, mais je suis enseignante au premier cycle du primaire aussi….et tout ce que j’aurais envie de faire présentement c’est de prendre dans mes bras la petit fille que tu as été et lui dire de rester forte qu’un jour elle rencontrera une enseignante qui fera la différence positive. J’espère que tu en as rencontré une sur ton parcours. On oublie souvent le rôle des enseignants et je veux te dire merci de me le rappeler. C’est peut-être niaiseux mais c’est certain que la première chose que je vais faire lundi matin lors de mon retour au travail, je vais dire à mes élèves que je les aime et qu’ils ont de l’importance. 😘

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    Sara-Jade
    4 février 2018 at 03:23

    Moi aussi j’ai eu Quelqu’un qui ne m’aimait pas mais moi se n’ait pas un professeur mais la directrice oui elle avait dis que j’avais écrit des insulte à propos de quelqu’un d’autre et se n’étais même pas vrai mais finalement pour que toute se vacarme arrrte j’au Décider de mettre sa sur moi sinon il ne m’arrait pas l’acher
    Je peut presque ressentir se que tu ressens car je vis de l’intimidation mais j’ai vraiment pas le courage de le dire dans le font tout a commencer moi et des garçons à mon école on par’ais (Bon c’etais Pas vraiment mais amis mais bon) et tout d’un cous il me sort que je ne suis pas intéressant pas belke et que je suis rejet plus qu’il me le disait plus il me rabaissait et plus que je commençais à y croire
    Mais tout de même j’essaye de cacher ma pêne et de montrer ma joie ( même si je Blair pas vraiment)
    Donc j’ai finis!!!😘😘😍😍❤️❤️😕😕

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    Marie-Ève Boucher
    6 février 2018 at 01:57

    mais tu parles d’une cinglée de professeur!

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