Parle! #BellCause – Sara-Karina

Parle! #BellCause

Texte par : Stéphane Jobin

On dit souvent que la vie est belle, mais parfois, la vie est dure.

Quand on devient adulte, il n’est plus question de ne pas avoir d’engagements. Le travail, l’épicerie, les sorties, les enfants, la vie de couple et l’accomplissement de toutes les tâches nécessaires à une vie quotidienne agréable viennent affecter le niveau d’énergie qu’il nous reste, quand il nous en reste. C’est d’ailleurs à mes dépens que j’ai découvert que cette énergie, justement, n’est pas comme le vent. Elle est plutôt une ressource épuisable.

Tout a commencé avec mon premier emploi professionnel après l’obtention de mon diplôme d’infirmier auxiliaire. La vie semblait m’offrir mille et une possibilités d’emplois, et je venais de m’acheter une maison avec mon épouse et nos deux enfants dans un joli petit coin de la Beauce. J’avais réussi à décrocher un emploi à 30 minutes de la maison et un autre à 50 minutes. Je voulais être certain d’avoir suffisamment d’argent pour pourvoir pour ma famille. Je travaillais de jour, de soir, de nuit. Parfois à deux endroits différents à une heure d’intervalle. Ceci est bien commun pour les gens de mon domaine. Il n’y a là rien d’impressionnant, mais tout cela, en plus du poids sournois de la responsabilité familiale et de l’impact des événements imprévisibles de la vie m’ont amené sur un terrain très glissant, pour ne pas dire dans un tourbillon de sable mouvant.

Alors que je vivais ce qui me semblait une vie normale, à un rythme tout à fait raisonnable (lire ici ce que la société nous montre comme étant réalisable), le manque de sommeil fut le premier symptôme m’amenant vers ma chute lente, mais certaine. À un certain point, je m’endormais constamment, n’importe où, n’importe quand, et je devais faire des efforts surhumains pour bien faire mon travail d’infirmier auxiliaire. Je n’allais certainement pas faire payer à mes patients le prix de mes décisions! Je conduisais parfois ma voiture à moitié éveillé et je répondais vaguement lorsque ma femme me parlait, n’étant jamais tout à fait présent d’esprit pour bien comprendre ce qu’elle me disait. Les enfants, du nombre de quatre à ce moment, voulaient que je joue avec eux, mais je n’en avais jamais la force.

C’est alors que les problèmes au travail firent surface. Non pas par manque de compétence de ma part, mais plutôt en raison d’un soucis d’incompatibilité avec une de mes collègues de travail. Ce conflit de personnalité grugeait le peu d’énergie qu’il me restait et sapait mon moral au plus au point. Ma femme, entendant mes récits redondants, me suggéra de me trouver un nouvel emploi si celui-ci ne me convenait plus. C’est donc à ce moment que j’ai entamé mes recherches et que, par miracle, j’ai obtenu une position de cadre dans une résidence privée pour aînés. Quelle joie! Une opportunité unique qui allait me permettre de relever de nouveaux défis! Et des défis, j’en ai eus!

Rapidement, j’encaissais les heures comme un boxeur au dernier round. Je vacillais sous les problèmes que mes employés m’exposaient tout en tentant d’esquiver la charge émotionnelle de devoir régulièrement annoncer à une famille que leur mère ou leur père ne pouvait plus vivre avec nous maintenant que ses besoins étaient trop grands pour que l’on puisse assurer sa sécurité. Je croulais sous les frappes administratives que m’envoyait mon patron et, finalement, le dernier punch me frappa sans que je le vois venir! Mon corps, ce traître, se mit à ne plus vouloir m’obéir. J’étais désormais incapable de me lever pour aller travailler le matin. Mon patron, alors compréhensif, me souhaita de prendre du mieux.

À un certain stade, je n’arrivais plus à sortir de mon lit pour faire autre chose qu’aller à la toilette. Ma femme m’apportait à manger, j’étais une larve emmitouflée dans les couvertures. Mes proches venaient me visiter pour me remonter le moral, mais je me sentais comme un mourant que l’on vient rassurer à l’effet que ses douleurs seraient bientôt terminées. Oh combien j’étais dans l’erreur en pensant cela!

Toujours avec le désir de m’en sortir, j’ai fait une demande auprès de mes assureurs pour avoir un suivi psychologique. Les fameuses assurances. Celles que l’on paie à la sueur de notre front mais qui nous harcèlent et nous traitent comme des menteurs le jour où on en a besoin. Après des semaines à me battre verbalement avec eux pour recevoir un service adéquat, j’ai finalement obtenu un rendez-vous avec une psychologue (ne parlons pas du fait que j’ai passé près d’une année complète sans salaire!). C’est alors que celle-ci me questionna afin de comprendre ce qui m’affectait au point de ne pas pouvoir me lever pour aller travailler. À la suite de ses questions est arrivé le fameux résultat : J’étais trop stressé.

STRESSÉ?!?! Ben voyons.. moi, stressé? Je respire la zénitude à plein nez! J’ai toujours carburé à l’adrénaline et su passer par-dessus les situations difficiles sans problème!

Mensonges.

Apparemment que toute cette belle assurance et confiance en soi n’était qu’un écran de fumée pour compenser et qu’il a fini par se dissiper au fil du temps. Pour mieux me faire comprendre, ma psychologue me raconte que chaque personne gère son stress et le diminue à sa façon, mais que moi, dans les dernières années, je n’ai fait que l’augmenter. Les événements stressants se succédant (les grossesses, les décès, les déboires financiers et les maladies/bobos/microbes des tout-petits), mon corps n’en pouvait plus. Elle m’indique que selon le score que j’ai obtenu, j’ai 3 fois trop de stress dans ma vie.

BOOM!

Ça y est. Je suis une merde incapable de gérer du stress. J’ai autant d’énergie qu’une batterie de cellulaire après trop d’années d’utilisation. Je suis une masse à peine capable de déplacement et totalement incapable de se tenir en compagnie d’autres gens. Je fais des crises de panique à raison de 7 à 8 fois par jour. Quand les gens disent que lorsque l’on touche le fond du baril on ne peut qu’aller vers le haut… WOAH! As-tu vu le fond du baril? La visibilité est nulle, les conditions météo sont constamment pluvieuses et des tremblements émotionnels frappent constamment le sol peu solide du baril. Je cherche une libération, une sortie de secours, un super-héros (mais pas en collant). Mais rien à l’horizon.

Ma femme se démène pour fournir pour notre famille et les enfants ne comprennent pas pourquoi papa ne bouge plus de son lit ou du divan. Je suis le cliché surutilisé du B.S avec une camisole blanche et une tache de moutarde qui s’asseoit sur le divan et boit de la bière. Les idées sombres viennent me donner espoir que la fin peut être plus près que je ne le crois. Ces idées sournoises s’immiscent dans mon subconscient au point de me faire un plan dans ma tête afin de veiller à l’avenir de mes enfants sans papa. Un traumatisme assuré, mais si je meurs de façon naturelle ou d’un accident, l’Assurance Vie leur donnera la possibilité de recommencer leur vie ailleurs et sans le fardeau d’un être semi-vivant étendu sur le sofa.

Voyant ma dégringolade, mon docteur décide de me prescrire une médication après un diagnostique de trouble anxieux généralisé. Ça y est. Je crois avoir touché le fond du baril. Je n’arrive pas à avoir l’énergie ni les couilles pour passer à l’acte, et en plus, on veut me bourrer de produits chimiques avec de merveilleux effets secondaires. Je capote. Mais je suis malade. Dans ma tête, il y a un problème. Mon cerveau ne reçoit pas les signaux qu’il devrait.

Au début, j’étais sceptique. Comme si une médication allait régler mes problèmes d’anxiété! Et puis quoi d’autre? Des super-pouvoirs, peut-être?! Je débute alors ma médication sans plaisir et ne vois ni effets positifs, ni effets négatifs. Je continue malgré tout et vois peu à peu mon humeur s’améliorer. Une lueur d’espoir! Mais mon vrai sauveur dans cette situation, c’est Dieu à travers mon épouse qui m’encourageait sans cesse malgré le fait qu’elle était totalement épuisée et qui me traitait aux petits oignons malgré les piaillements incessants des enfants qui voulaient notre attention. Le combo médicament-épouse est venu me redonner un coup de pied dans le derrière et j’ai peu à peu eu moins de difficulté à me lever de mon lit.

À ce jour, cela fait maintenant près d’un an que je n’ai plus de crises de panique et que je suis apte à interagir socialement. J’ai commencé à faire du sport pour diminuer mon anxiété et la vie semble plus belle! Elle n’est pas facile, mais elle est belle. J’ai maintenant 5 beaux enfants plein d’énergie et d’innocence et je compte bien les voir grandir encore longtemps car je compte vivre ma vie pleinement avec ceux que j’aime.

À toi qui lis ce texte. L’amour est la meilleure solution. Parle avec ceux que tu aimes si tu ressens des idées noires. Exprime-toi dans une lettre si c’est plus facile. Ne laisse pas passer les bontés que la vie peut t’apporter simplement parce que tu vis un moment difficile, peu importe la durée du moment. Si personne n’ose te le dire autour de toi je vais te le dire. JE T’AIME! Tu es une personne unique qui mérite de vivre, de recevoir de l’amour et d’en donner en retour. Comme je le disais, la vie n’est pas facile, mais à plusieurs le fardeau est moins lourd.

PARLE.

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26 Commentaires

  • Répondre
    Laurence
    31 janvier 2019 at 04:26

    Merci ❤️

  • Répondre
    Jessica R
    31 janvier 2019 at 05:43

    Merci énormément aucun mots ne seraient assez grand pour décrire le bien que ton texte ma apporté….. seulement 1 mots à dire… merci

    • Répondre
      Sara-Karina
      31 janvier 2019 at 19:42

      Quel plaisir de lire que le but a été atteint! Donner de l’espoir à ceux qui sont en plein dedans, c’est un pur bonheur!

  • Répondre
    Stéphanie
    31 janvier 2019 at 06:39

    Merci super beau texte continue de nous aider à travers les mots 😘

  • Répondre
    cristelle
    31 janvier 2019 at 08:57

    Il t’en a fallu du courage , pour raconter ton histoire. Et ce que tu nous donnent avec ce texte est une leçon incroyable. Et pour cela mille merci.

    • Répondre
      Sara-Karina
      31 janvier 2019 at 19:45

      Le partager est un pas de plus vers la guérison! Je souligne également son courage et je lui transmets le message! XxX

  • Répondre
    Johanne Gagné
    31 janvier 2019 at 14:02

    Merci pour ce beau texte… Je vous comprends tellement! L’anxiété est un cercle vicieux, elle nous consume complètement.

    • Répondre
      Sara-Karina
      31 janvier 2019 at 19:46

      Tout à fait! Merci d’avoir pris le temps de lire!

  • Répondre
    maude
    4 février 2019 at 18:50

    bravo pour votre talent d’écriture et ce texte criant de vérité!

  • Répondre
    Elodie (lectrice française)
    4 février 2019 at 20:33

    Wahouuu quel courage de te livrer ainsi.

    Je ne suis pas croyante mais il est certain que l’amour de ta merveilleuse épouse t’a mené vers la guérison, elle est ton âme-sœur et vous formez un couple merveilleux.

    Les enfants quand ils sont jeunes demandent beaucoup d’energie mais sont aussi des sources inépuisables de bonheur, il faut juste lever la tête de son quotidien et prendre le temps de l’apprecier.

    Notre société a perdu de vue le plus important au profit ..du profit et de l’argent…

    Il faut savoir s’ecouter, se poser et profiter.

    Prenez soin de vous

    Merci pour ce témoignage

    • Répondre
      Sara-Karina
      12 février 2019 at 20:13

      Tout à fait! Et personne n’est à l’abri de ce genre de tournure! XX

  • Répondre
    Farida Ben
    5 février 2019 at 01:00

    Merci Stéphane ! Ton histoire me parle beaucoup, je vais la partager autour de moi pour redonner espoir à mon papa qui sombre dans la dépression depuis des années maintenant

  • Répondre
    Isabelle
    5 février 2019 at 02:08

    Très beau texte, touchant et qui vient du cœur…
    Je te souhaite du bonheur à l’état pur et de beaux moments avec ta belle famille.

  • Répondre
    Delphine
    5 février 2019 at 09:47

    Bravo pour ton courage , pour oser parler de ces moments de la vie que tellement de proches voir très proches ne voient pas ou ne veulent pas voir ….ces moments où l’on se sent tellement » rien » …..Vous avez su , tous les deux , nous prouver que le chemin est difficile mais que si l’on s’arme d’amour et de courage il deviendra long et beau 🙂
    Merci , je vous souhaite beaucoup de bonheur 🙂

    • Répondre
      Sara-Karina
      12 février 2019 at 20:14

      Merci beaucoup! S’ouvrir est une autre voie vers le chemin de la guérison! Il faut oser en parler! 🙂

  • Répondre
    AMANDINE
    5 février 2019 at 22:24

    Un grand bravo pour cet article !

  • Répondre
    silva
    6 février 2019 at 00:51

    Je suis en bonne santé aujourd’hui ,j’ai 45 ans et 3 enfants de 28.18 et 17 ans,il y à quelques années de cela ma vie était difficile,j’ai vécu un énorme stress qui à durer des années,je me retrouver aux urgence à chaque crise car je pensée mourir,mais chaque fois on me disait que je n’avait rien ,je rentre chez moi et rebelote!! je me suis prise en mains seul, cela à pries beaucoup de temps ,mais me suis relever,et non pas seul car nous le sommes jamais vraiment, dieu est en moi hein!! en chacun de nous ,je m’en suis sortie et je suis si heureuse aujourd’hui.. alors oui Stéphane,aimons nous les uns des autres, c’est la seul chose vrai qui est à notre porté,la vie est si belle, tes derniers mots m’on touché en pleins coeur, cela me parle si fort,l’amour est la seul est unique raison du pourquoi nous sommes ici,le reste fait partie de l’expérience que nous sommes tous venu vivre ici.. alors merci pour tes mots merci d’étre qui tu est.. et courage ,tu n’ai pas seul nous sommes tous la dans ton coeurs,avec karina à tes cotées rien ne peut t’arrivé..

    • Répondre
      Sara-Karina
      12 février 2019 at 19:27

      Ouf, quelle histoire! Oui, l’amour supporte tout! <3

  • Répondre
    Genevieve Gagnon
    11 février 2019 at 01:31

    Comme c’est bien écrit!! Stephane tu a tout une plume.

    J’ai vécu la même chose en 2018.. je travail dans le même domaine… je me relève tranquillement. Merci d’avoir partagé ce texte avec nous.

    • Répondre
      Sara-Karina
      12 février 2019 at 19:26

      Toute notre compassion! Un jour à la fois, chaque pas est une victoire! 🙂

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